MAJDA CHERKAOUI

                              

Sera abordé dans cette intervention sous l’axe Droit de l’homme, Démocratie et bonne gouvernance des OMD : prendre des mesures pour assurer le respect et la protection des droits fondamentaux des migrants, des travailleurs migrants et de leur famille, pour mettre fin aux actes de racisme et de xénophobie dont le nombre ne cesse de croître dans de nombreuses sociétés et pour promouvoir une plus grande harmonie et une plus grande tolérance  dans toutes les sociétés

            « Les oubliées des politiques publiques : quelle perspective future pour les femmes immigrées  vieillissantes, issues de la communauté marocaines qui se trouvent isolées en région parisienne ou  à Bruxelles ? »

En France, jusqu'aux années 1870, les termes d'immigration et d'immigré n’existaient quasiment pas, les vocables juridique et sociologique utilisant le terme d’ « étranger », terme connaissant néanmoins pendant longtemps un véritable flou juridique. Avant de connaître une définition juridique, le concept d’immigration sera développé par les démographes et les statisticiens, sous la IIIe République.

La première définition juridique  de l’immigré est donnée par une convention internationale : la Convention internationale de Rome, en 1924 : « Est considéré comme immigrant tout étranger qui arrive dans un pays pour y chercher du travail et dans l’intention exprimée ou présumée de s’y établir de façon permanente ; est considéré comme simple travailleur tout étranger qui arrive dans le seul but de s’y établir temporairement ».

Aujourd’hui, le Haut Conseil à l’intégration définit un immigré comme une personne née à l’étranger et entrée en France en cette qualité en vue de s’établir sur le territoire français de façon durable. Un immigré peut donc être français s’il a acquis la nationalité française après son entrée en France par naturalisation, par mariage ou par filiation ; inversement, un étranger né en France ne sera pas considéré comme immigré.

Le passage d’une immigration de travail, essentiellement masculine, à une politique de

-----------------------------

Chercheur rattachée au CNRS/ UMR 6578 Marseille

Chargée de mission à  l’Acsé (Agence Nationale de Cohésion Sociale et Egalité des chances) à Paris.

m.cherkaoui@laposte.net

 regroupement familial au milieu des années 1970 a entraîné une féminisation croissance de la

population immigrée, au sein de laquelle hommes et femmes sont aujourd’hui en nombre  égal.

La plupart  des recherches se sont focalisées sur l’immigration des hommes et ont oublié ceux des femmes. Cette immigration a aussi vieilli.

Parler du vieillissement des immigrés marocains est une  question relativement récente  en France  car longtemps vieillesse et immigration ont semblé antinomique.

On imaginait la présence immigrée comme :

- temporaire

- essentiellement masculine

- liée à la période de la vie active des individus, qui repartiraient au plus tard, à l’âge de la retraite vivre dans leur pays Si bien que l’immigration a souvent  été traitée sous l’angle du retour au pays de la personne, une fois l’âge de la retraite atteint.

 

La question des immigrés en général et celles des marocains vieillissants particulièrement est de plus en plus actuelle, elle renvoie à des difficultés sociales, à des problèmes de droits et devoirs de la société d’accueil à leur égard et surtout celui d’accès à une pension de retraite.

 

L’objet de cette recherche est de:

      - favoriser la réflexion objective

      - élargir le champ de la recherche scientifique au vieillissement des femmes immigrées isolées issues de la communauté marocaine (celle que je connais le mieux)

     - sensibiliser les pouvoirs publics à son ampleur et à ses enjeux

     -  faire une analyse comparative de la politique publique française et celle de la Belgique pour voir comment s’effectue la prise en charge de ces femmes.

Parce que la vision des politiques publiques a maintenu vivace le caractère temporaire de la présence immigrée que ce soit en  France ou en Belgique, faisant passer au second plan les questions relatives au traitement même du vieillissement de ces populations : Santé, accès aux droits, adaptation aux logements, accès à la retraite…

 

En France, les politiques publiques se trouvent destabilisées. En premier lieu, le renversement durable de la conjoncture économique fait émerger progressivement une « nouvelle question sociale » qui, loin d’être résiduelle, souligne l’extension quasi structurelle de la précarité et de la vulnérabilité sociale de ces femmes au sein de la société française.

 

Beaucoup de sociologues ont publié des travaux sur  le vieillissement des  immigrés résidant dans les institutions notamment les  foyers de travailleurs.Or, nombreux sont ceux qui vivent hors institutions.

La vieillesse de ces femmes pose problème surtout celui des femmes immigrées en retraite, ou à l’âge de percevoir une pension  de retraite, parce que nul ne les a prévus.

 

Le vieillissement comme l’immigration, pose des problèmes d’adaptation à la fois

    - aux changements qui touchent la vie personnelle,

    - l’identité sociale et la position dans la société,

    - ainsi qu’aux mutations  qui affectent la société elle-même.

 

La spécificité des analyses relatives aux immigrés est de mettre en jeu les modalités d’une double appartenance au pays d’origine et au pays d’accueil.

Le regard porté sur les femmes immigrées vieillissantes est pratiquement absent même si elles ont une assez longue durée de vie en France et encore moins quand il s’agit d’évaluer avec du recul, du temps, le processus d’intégration et d’adaptation à l’environnement à un stade avancé

 

Certes, l’immigration féminine comprend encore relativement peu de femme âgée, beaucoup moins que les jeunes femmes qui, désormais, viennent plus nombreuses rejoindre un mari installé en France,  ou sont elles mêmes nées en France. 

 

La plupart de  ces femmes sur laquelle notre recherche se centre, n’avaient d’existence juridique qu’à travers leurs époux. Les droits dérivés ne leur accordaient aucune réelle autonomie.

 

Aujourd’hui, veuves ou abandonnées, elles vivent seules et ont toutes  déjà abandonné l’illusion du retour définitif au Maroc bien qu’elles manifestent leur attachement et leur  appartenance à la communauté d’origine dans le pays d’accueil et paradoxalement toutes ces femmes souhaitent, lors de leur décès le rapatriement de leur corps.


Quelle perspective future pour ces  femmes isolées ? Quels mécanismes de défenses adaptatifs mobilisent -elles pour faire face à un environnement très hostiles à leur égard ?

Loin de leur pays natal, quelle représentation    ont –elle de la vieillesse dans le pays de l’exil ? Qu’est ce qui les motive à rester en France ou en Belgique ? Quelles sont leurs réalisations, leurs souhaits et leurs aspirations ? Comment se projettent-elles dans le futur aussi bien immédiat que lointain ? Comment font-elles face à leur solitude ? Qui les prend en charge ? S’inscrivent-elles dans un réseau ?

Evoquer

- leurs situations familiales,
- leurs parcours professionnels,                                  

- résidentiels,
- accès aux  services gérontologiques.
- choix dans leur vie quotidienne,( accès ou non à la nationalité française)
- leurs pratiques religieuses,
- les relations entretenues avec leur pays d’origine et leur lieu d’enterrement.                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ONG d'action humanitaire et d'aide au développement,
Dotée du statut consultatif général par le Conseil Economique et Social des Nations-Unies
© 2002 - 2006 All Rights Reserved.
 
Télécharger ci-dessous flash player pour une meilleure visualisation